r/ScienceFiction_FR • u/Huge-Dust-4124 • 16d ago
Demandes ??? Des vampires dans l’espace
Voilà j’ai eu cette idée et je voilà savoir si il existait déjà un/des livres sur ce sujet
r/ScienceFiction_FR • u/Huge-Dust-4124 • 16d ago
Voilà j’ai eu cette idée et je voilà savoir si il existait déjà un/des livres sur ce sujet
r/ScienceFiction_FR • u/vonkroote • 16d ago
Je travaille depuis un moment sur The Last Decade, une saga SF en 10 tomes qui raconte les dix dernières années de l'humanité avant son extinction.
Le point de départ : un phénomène biologique inexpliqué commence à toucher des gens au hasard, un vieillissement accéléré mystérieux qui grignote peu à peu toute la population, génération après génération, sans qu'on sache pourquoi ni comment l'arrêter. Pas de virus identifiable, pas d'arme biologique, juste quelque chose d'inscrit dans le corps de chacun qui se déclenche.
Autour de ça, un noyau de personnages (un médecin, une généticienne, un ex-Marine, une journaliste, un pompier réserviste, un pasteur et une ado) se retrouve à essayer de comprendre et survivre, pendant que les autorités mentent, dissimulent, et finissent par organiser leur propre tri de la population.
Le parti pris structurel : l'histoire est construite comme un compte à rebours. 10 tomes disposant chacun de 10 chapitres (comme une série TV), tous numérotés à l'envers. Le tome 1 commence au chapitre 100, et la fin de la saga se terminera au chapitre 1 du tome 10. L'idée, c'est de faire ressentir au lecteur le même compte à rebours que vivent les personnages.
Je me demande si ce genre de structure (numérotation à rebours des chapitres, puis scènes datées/localisées façon série TV) vous semble porteur sur la durée d'une saga aussi longue, ou si ça risque de devenir un gadget qui s'essouffle après deux-trois tomes ? Et plus largement, sur la prémisse elle-même — un mal biologique inexpliqué plutôt qu'une guerre ou un virus classique — ça vous donne envie d'en savoir plus, ou c'est un terrain trop vu en SF ?
r/ScienceFiction_FR • u/Anthony_Zoria • 19d ago
Bonjour, j'ai crée ce truc : hybride BD/Roman graphique, histoire et textes humaines, images IA : https://archive.org/details/deltaville-tome-1-petales-de-rouille_202609
ou : https://anthony-zoria.itch.io/deltaville-tome-1
C'est l'histoire d'une fille qui trouve une fleur séchée dans un vieux livre et se rend compte que le monde d'avant a vraiment existé, pendant que son père conduit un convoi subissant une attaque massive dans le désert. Mais bon, derrière le post-apo, les camions et les robots, c'est un peu plus subtil que ça (enfin j'espère...). Voilà. gratuit. 545 pages mais 80% d'images.
Je précise le synopsis :
À DeltaVille, on recycle tout : la ferraille, les machines, les restes de l’Ancien Monde.
On travaille. On obéit. On survit.
Et on attend les convois.
Dans le désert, un vieux bus scolaire barre la route du capitaine Mendoza.
Un piège.
Le troisième camion explose, puis les tirs commencent.
Mendoza sillonne ces pistes depuis trente ans. Il a survécu à des dizaines d’embuscades et connaît les pirates de la route mieux que personne.
Mais cette fois, quelque chose ne colle pas.
Les tirs sont trop précis. Les véhicules sont détruits méthodiquement, et personne ne cherche à s’emparer de la cargaison.
Ces nouveaux prédateurs veulent autre chose.
À DeltaVille, sa fille Li guette son retour.
La nuit, seuls les hologrammes de chanteurs disparus illuminent l’horizon.
Le désert, lui, ne répond pas.
Li fouille les ruines et dévore les vieux livres. Entre les pages de l’un d’eux, elle découvre une fleur séchée.
Une vraie.
Et si ce monde dont parlent les Anciens — les forêts, les cathédrales, les couleurs — avait réellement existé ?
Un samedi soir, alors que la ville s'enlise dans les débauches et la beuverie, elle trouve un robot abandonné au pied de l’Éden, l’enclave des privilégiés.
Une vieille carcasse bonne à revendre.
Quelques crédits faciles.
C’est ce qu’elle croit...
Chez Pistako, le receleur, les offres commencent à monter... Beaucoup trop vite pour une machine hors d’usage.
r/ScienceFiction_FR • u/phillebardedu66 • 19d ago
The I.S.S viral adventure (The trans humain rebirth) S3 épisode 4 (Auteur : Phil le Barde) Serie de S.F maison ou Paradoxe de Fermi, trans humanisme, clonage et autres droleries sont au R.D.V..Au départ c'était une serie plutot potache et drole j'ai commencé a la tourner sur un fond vert dans ma cuisine pendant le confinement. Depuis peu avec la saison 3 j'ai décidé d'aller au bout et de conclure l'histoire. J'utilise une I.A pour générer les plans que j'écris au détail prés c'est fastidieux et çà n'empeche pas la génération d' abbérations il me faut souvent modifier 5 ou 6 fois l'écrit que je fourni a l'I.A pour avoir a peu prés le résultat que j'attend mais çà m'a offert plein de nouvelles possibilités. Le prochain épisode sera un mélange dans des meme plans d'images fabriquées avec l'I.A et de tournage classique.
r/ScienceFiction_FR • u/artsnumeriques • 20d ago
L’IA est-elle une menace pour la création, ou une opportunité pour la repenser ? Que deviennent les auteurs face à ce nouvel outil ? Pour cette émission spéciale enregistrée au studio 104 et en public, Guillaume Erner reçoit l'écrivain Hervé Le Tellier et le journaliste Loïc Hecht.
r/ScienceFiction_FR • u/artsnumeriques • 20d ago
r/ScienceFiction_FR • u/Parker_Laress • 20d ago
https://reddit.com/link/1wrzgoq/video/ph1pmhhjg5sh1/player
Pleine lune et Sortilège est une romance fantastique sur l'amour entre une sorcière et un loup-garou.
Intrigue. Dans la forêt de Belhaven, Elara Rosemont, 17 ans, rate un sortilège de protection et blesse par accident Kian Argent, fils de l'Alpha du Clan Argent. Sorcières et loups sont séparés depuis deux siècles par un pacte qui interdit tout contact. Elara le soigne en secret, et une relation naît entre eux. Leurs confidents, Sybil et Rourke, découvrent leur secret. Le père de Kian, lui, veut le marier à Lyra Duskwood, fille d'un Alpha allié.
r/ScienceFiction_FR • u/Hobbes_77 • 21d ago
r/ScienceFiction_FR • u/RaGKaM • 22d ago
Bonjour tout le monde ! Je suis u/RaGKaM, l’un·e des modos à l’origine de r/GLOUT_CHRONIQUE.
Voici notre nouvel espace pour discuter de tout ce qui concerne https://glout-chroniques-archives-numerique.lovable.app . que pensé vous de mon travail? Ce serait une vraie joie de te vous compter parmi nous !
Que publier ?
Publie n’importe quel contenu qui peut selon toi reste dans le cadre de ce projet, aider ou inspirer la communauté. N’hésite pas à partager tes réflexions.
Ambiance de la communauté
Nous nous efforçons de créer une communauté sympa, constructive et inclusive. Ensemble, créons un espace où tout le monde se sent à l’aise pour partager ses ressenti.
Comment commencer
Merci de faire partie des tous premiers membres. Ensemble, rendons r/GLOUT_CHRONIQUE incroyable.
« Un examen de cybersécurité. Une porte oubliée. À 3 h 17, l’entrepôt plante encore. »
Dossier 001 — La nuit où le crash a parlé
https://glout-chroniques-archives-numerique.lovable.app
r/ScienceFiction_FR • u/ARIAKA_Univers • 23d ago
Bonjour,
J'écris une histoire qui a priori serait un format bande dessinée. Je n'ai pas le visuel juste les scénarios.
Est-ce qu'à votre avis ć'est une idée comme une autre de faire connaître l'univers sur les réseaux sociaux?
Sans visuel je suis assez restreint, votre avis m'aide car je n’ai pas d'expérience dans l’univers BD. Ou peut être des idées? Par ou commencer?
Belle journée a vous!
r/ScienceFiction_FR • u/Similar-M • 23d ago
Salut à tous,
Je suis réalisateur de science-fiction et je mène actuellement une petite étude sur les attentes des spectateurs concernant les expériences proposées en salle de cinéma. J’ai préparé un questionnaire qui prend environ 3 minutes.
Si vous aimez la SF, le cinéma ou simplement les séances un peu différentes de la projection classique, votre avis m’intéresse particulièrement.
Les réponses sont anonymes. À la fin, ceux qui le souhaitent peuvent également laisser leur adresse e-mail pour être informés de futures séances test.
Merci beaucoup à ceux qui prendront quelques minutes pour répondre.
Et si vous avez des remarques sur le questionnaire lui-même, je suis également preneur.
Flo
r/ScienceFiction_FR • u/ARIAKA_Univers • 25d ago
[SF, Post-apocalyptique, Aventure, Fantastique].
Bonjour,
Je suis à la recherche d'une collaboration pour créer l'identité visuelle et l’univers de mon histoire.
C’est une saga en bande dessinée relativement riche de 4 à 6 parties, le scenario du premiere volet étant complètement terminé.
Je n’ai pas d'indications visuelles précises, au contraire je cherche a "matcher" avec votre portfolio et votre style, pour vous laisser la pleine liberté de créer. [Chacun ça spécialité, je dessine un peut mais le dimanche] :)
L'idée serait de préparer, les personnages, 2 a 4 illustrations de l’univers et 2 à 4 planches d'une scène, pour préparer un dossier de présentation afin d'être produit.
Pitch 1ere partie: Ariaka, jeune femme, évolue dans un univers post-apocalyptique.
Avec l’aide d’amis qu’elle rencontre sur la route, elle veut a tout prit retrouver Ben et son fils au milieu des Order Units \[robots de garde civile défectueux\] et des zombies.
en état de choc, le récit du 1er volet est non-linéaire, il présente des éléments clés de l’univers avant de développer dans les épisodes suivants. La 1ere partie est l'exposition a l'univers et la présentation des différents enjeux. Le 2ème volet parle d'avant cette situation ou comment la situation a dégénéré, pour reprendre la suite du récit vers la fin du 2 et dans le 3.
Le 1 se veut intimiste, immersif en dehors des enjeux externes qui sont parallèle a son parcour indépendant pour le moment. Plus tard, elle rencontre la résistance et des enjeux plus grands sur l'origine des Order Units et de l’antagoniste principale.
C’est une saga qui se veut aussi écologique, avec de l’amitié, de la solidarité et du coeur, une des finalités est de ramener la végétation et une belle nature une fois les problèmes résolus.
Au plaisir de voir votre travail et votre portfolio, n'hésitez ́surtout pas.
r/ScienceFiction_FR • u/AOTEAROA44onXbox • 27d ago
Pour ceux qui ne connaissent pas For All Mankind, c’est une série de science-fiction qui imagine une histoire alternative dans laquelle la course à l’espace ne s’est jamais arrêtée.
L’exploration spatiale continue alors de décennie en décennie, avec de nouvelles technologies, de nouvelles missions et une présence humaine qui s’étend progressivement au-delà de la Terre.
Étant fan de la série et de LEGO, j’ai voulu représenter cette évolution sous la forme d’un triptyque : la Lune, Mars et Titan, avec plusieurs bases, véhicules et vaisseaux inspirés de la série.
Le modèle est conçu pour pouvoir être exposé comme un tableau mural, tout en gardant beaucoup de petits détails à découvrir.
Je serais intéressé de savoir s’il y a d’autres fans de For All Mankind ici — et pour ceux qui ne connaissent pas, si cet univers vous donne envie de découvrir la série.
r/ScienceFiction_FR • u/Safe-Day-887 • 29d ago
Plus que la fantasy et tous les autres genres, j'ai l'impression que y'a vraiment un lien d'âme entre la métaphysique et la science-fiction.
Je dis ça en pensant à des œuvres comme Evangelion, Dune, Serial experiment lain et bien d'autres encore. En fait, quand on y réfléchit c'est curieux que le genre qui se veut très terre-à-terre et réaliste tombe souvent dans l'abstrait et la philosophie. Personnellement c'est quelque chose que j'apprécie beaucoup, et je sais que c'est loin d'être le cas de tout le monde. Mais l'idée d'un monde trop futuriste, si futuriste qu'à un moment l'auteur transcende la technologie qu'il a lui-même créé pour faire passer un message ; je trouve ça incroyable !
Si vous avez des œuvres de ce style du coup, je suis preneur. Que ce soit des romans, films ou jeux-vidéo !
r/ScienceFiction_FR • u/Abbadon91 • 29d ago
Bonjour à tous,
Webmaster du site mais-encore.fr (une base de données francophone sur l'imaginaire), je me permets de partager avec vous un projet de traduction sur lequel je viens de travailler.
En creusant du côté de Lovecraft, j'ai réalisé que ses collaborations avec l'écrivain R.H. Barlow, n'ont jamais été publiées ensemble. J'ai donc entrepris de les re-traduire et de les mettre en forme :
• Le recueil des 6 collaborations : L'Océan de la nuit (1936), Le Trésor de la bête-sorcière (1933), Cosmos en effondrement (1938), La Bataille qui mit fin au siècle (1934), Le Meurtre du monstre (1933) et Jusqu'à ce que les mers se tarissent (1935).
• Le "Notes & Commonplace Book" : le carnet de travail annoté par Barlow en 1938, un document fascinant sur les coulisses de la création lovecraftienne.
J'ai ajouté une préface, des notices biographiques, et j'ai généré quelques couvertures pour accompagner le tout. Les fichiers sont disponibles en EPUB, PDF et MOBI.
Le projet est porté de manière indépendante et proposé au prix libre (vous pouvez le télécharger gratuitement ou mettre quelques euros pour soutenir l'hébergement du site et les prochaines traductions).
Si le sujet vous intéresse, tout est regroupé et expliqué ici :
https://mais-encore.fr/les-editions-de-mais-encore-traductions-inedites-et-pulp/
Je reste à votre disposition si vous avez des questions.
Bonne lecture à tous !
r/ScienceFiction_FR • u/Kael2112 • Sep 18 '26
r/ScienceFiction_FR • u/Lamurse • Sep 18 '26
CELLE QUI EST RESTÉE
📄 PROLOGUE
Le temps n'est pas une ligne droite.
C'est un cercle.
Léa se réveilla avec la certitude d'avoir déjà vécu cet instant.
Pas de l'avoir rêvé. Vécu.
La première chose qu'elle sentit fut la douleur. Sourde, profonde, derrière les yeux, comme si on y avait posé un poids trop lourd, puis oublié de le retirer.
Elle voulut bouger. Ses poignets ne répondirent pas. Ses chevilles non plus. Elle tira ; les sangles résistèrent.
Elle baissa les yeux. Une blouse blanche. Des traces brunâtres sur les manches. Elle ne se souvenait ni de l'avoir enfilée, ni de la pièce, ni de la table, ni de la raison pour laquelle elle était attachée.
Elle inspira : désinfectant, métal. Et une autre odeur, organique, presque sucrée, qui lui retourna l'estomac.
— Où suis-je ?
Sa voix était faible. Des pas approchèrent. Un homme entra dans son champ de vision. Blouse grise, gants noirs, cheveux noirs plaqués en arrière. Il ne la regardait pas comme on regarde une personne, mais comme on relit un résultat qu'on espérait différent.
Il consulta une tablette.
— Léa Voss.
Le nom provoqua une réaction qu'elle ne comprit pas. Une douleur, très loin derrière sa conscience, comme un objet tombant dans une pièce voisine.
— Vous me connaissez ?
— Vous avez trente-cinq ans.
Il fit défiler l'écran.
— Vous êtes neuroscientifique.
— Je ne suis pas...
Elle s'interrompit. Elle ignorait qui elle était, où elle vivait, ou si quelqu'un l'attendait quelque part.
L'homme approcha une seringue du plateau. Le liquide était bleu, presque lumineux.
— Qu'est-ce que vous allez faire ?
Il planta l'aiguille.
Une brûlure. Le plafond se déforma.
Léa ferma les yeux.
Une chambre apparut. Une fenêtre. De la pluie. Une femme assise devant un miroir. Léa s'en approcha, et la femme releva la tête.
C'était elle. Exactement elle. Même visage, même cicatrice au-dessus du sourcil, même regard.
La femme sourit, puis posa son doigt contre la glace. Léa fit le même geste. Leurs doigts se touchèrent à travers la paroi. La femme parla. Léa n'entendit pas les mots, mais elle les comprit.
Tu es en retard.
Léa ouvrit les yeux. La pièce blanche était toujours là. L'homme aussi. Et la seringue.
— Qu'avez-vous vu ?
— Une femme.
— Qui ?
Elle hésita.
— Moi.
L'homme cessa d'écrire. Une seconde seulement, mais assez pour que Léa aperçoive une lueur de peur dans son regard.
Au-dessus d'elle, un écran s'alluma.
COUCHE47
Puis :
INTÉGRITÉ MÉMORIELLE : 12 %
Léa tira sur ses liens.
— Qu’est-ce que ça veut dire ?
L'homme prit un scalpel sur le plateau.
— Vous allez bientôt vous souvenir.
— De quoi ?
Il s'approcha.
— De tout.
La lame descendit. Léa hurla.
Puis le monde s’éteignit.
📄 CHAPITRE 1 : LE CARNET
Lyon — 12 octobre 2047
Léa se réveilla à 6 h 13 et resta immobile.
Le plafond était blanc. Pas exactement comme celui de la pièce où elle s'était réveillée la veille, mais suffisamment proche pour la troubler.
Elle attendit. Aucune blouse grise en vue, aucune seringue, aucun scalpel. Juste le chauffage qui claquait et le bruit d'un camion dans la rue.
Elle s'assit. Ses mains tremblaient.
Son appartement était petit. Un lit, un bureau, une cuisine derrière une cloison, une bibliothèque remplie de romans policiers et de livres de neurosciences qu'elle ne reconnaissait pas.
Elle ouvrit le tiroir de la table de nuit. Sept carnets noirs y étaient empilés. Elle les sortit un à un et les aligna sur le drap, dans l'ordre des numéros inscrits sur les couvertures.
Elle ne se souvenait ni de les avoir achetés, ni d'avoir écrit les pages qu'ils contenaient. Pourtant, l'écriture était bien la sienne : elle reconnaissait ses boucles, ses t barrés, l'inclinaison de ses lettres.
Le 47 était presque plein. Elle l'ouvrit.
5 octobre — rêve identique.
7 octobre — même pièce.
9 octobre — femme dans le miroir.
Et, à la dernière ligne écrite :
12 octobre — elle me parle maintenant.
Léa referma le carnet. Sept nuits de suite, le même rêve. Et chaque fois, quelque chose revenait un peu plus loin : la pièce, la femme, la voix. Depuis deux nuits, une impression nouvelle s'y était ajoutée, une certitude qui l'empêchait de se rendormir.
Elle ne rêvait pas du passé. Elle rêvait d'un souvenir qu'on avait tenté de lui voler.
À 8 h 07, elle poussa la porte des Archives nationales de Lyon, un bâtiment gris de la Part-Dieu où elle travaillait depuis cinq ans. Elle aimait ce métier. Les documents avaient une qualité rassurante : ils étaient là, datés, classés, conservés. Immuables.
Noah était déjà à son bureau, un livre ouvert à côté du clavier, comme toujours. Il leva les yeux.
— Tu as une sale tête.
— Bonjour à toi aussi.
— C'était affectueux.
— Alors ça va.
Il sourit. C'était l'un des rares amis qu'elle avait gardés. Peut-être le seul.
— Encore le rêve ?
Léa s'immobilisa, son manteau à moitié enlevé.
— Comment tu sais ?
— Tu m'as appelé cette nuit.
— Je t'ai appelé ?
— Trois heures du matin.
— Qu'est-ce que j'ai dit ?
Noah hésita une seconde de trop.
— Rien.
— Rien ?
— Tu respirais.
Elle le regarda.
— Combien de temps ?
— Vingt-sept secondes.
Il posa son stylo, l'air soudain sérieux.
— Léa, ça devient inquiétant.
— Ce n'est qu'un rêve.
— Alors pourquoi tu m'appelles sans t'en souvenir ?
Elle n'avait pas de réponse. Alors elle s'assit et alluma son écran.
À 10 h 32, elle ouvrit un dossier de disparitions.
Un homme de trente-huit ans. Disparu. Pas mort, pas retrouvé.
Dernière activité enregistrée : 23 h 17.
Le suivant : 23 h 42. Le troisième : 23 h 03. Le quatrième : 23 h 56.
Elle passa la journée là-dessus, à sortir les rapports, les relevés de caméras, les mains courantes. Et toujours le même schéma : jamais avant 23 h, jamais après minuit.
Elle prit une feuille et écrivit :
23:00 — 00:00
Puis, en dessous, deux mots dont elle ignorait d'où ils lui venaient :
HEURE VIDE.
Le terme lui parut à la fois absurde et parfaitement juste. Comme si une heure avait été volée à certaines vies, sans que personne ne s'en aperçoive.
Une main se posa sur son épaule.
— Mademoiselle Voss ?
Delacroix la surplombait, la tête penchée vers son écran.
— Vous allez bien ? Vous êtes pâle.
— Une migraine.
— Ce dossier est classé. Vous n'êtes pas autorisée à le consulter.
— Je ne savais pas.
Il la fixa quelques secondes de plus qu'il n'aurait fallu.
— Ne restez pas trop tard ce soir.
Puis il s'éloigna, et Léa resta immobile devant son écran, avec la certitude désagréable qu'il n'avait pas eu l'air surpris.
Elle s'était faite une idée.
À 17 h 48, elle rouvrit le carnet 47 pour y noter les horaires.
Une page était apparue. Elle n'y était pas le matin — Léa en était certaine, elle avait feuilleté chaque carnet.
J'ai vu l'Heure Vide.
Tout le monde était figé.
Sauf elle.
Elle m'a souri.
Ne me fais pas confiance.
Plus loin, sur une page qu'elle n'avait jamais vue :
COUCHE47-B : stable.
COUCHE47-C : instable.
ÉLIMINATION NÉCESSAIRE.
LE DOUBLE SAIT.
À 22 h 59, elle était debout devant sa fenêtre, la lumière éteinte.
L'horloge de la cuisine passa à 23 h.
Le monde s'arrêta net.
Une voiture resta immobile au milieu du carrefour. Une goutte de pluie demeura suspendue à un mètre du sol, parfaitement ronde. Un homme s'immobilisa, un pied en l'air, la bouche ouverte sur un mot inachevé.
Léa respirait. Elle était la seule à le faire.
Puis une femme apparut au milieu de la rue. Même pull gris, même jean, mêmes chaussures. Même taille. Même visage.
Elle leva les yeux vers la fenêtre et sourit. Un sourire que Léa reconnut instantanément.
Léa ouvrit la fenêtre.
— Qui êtes-vous ?
— Tu m'as manqué.
La voix ne traversa pas l'air. Elle résonna directement dans sa tête, comme un écho intérieur.
— Qui es-tu ?
— Tu sais.
— Non.
— Si.
La femme fit un pas.
— On va bientôt se retrouver.
Puis elle recula dans la brume de pluie suspendue, et disparut.
Léa descendit.
Elle enfila son manteau par-dessus sa chemise de nuit, prit ses clés, et franchit la porte de l'immeuble sans se demander une seule fois si c'était une bonne idée.
La rue était tiède. C'était la première chose qui la frappa. Il pleuvait depuis deux heures, et pourtant l'air n'était pas froid.
Comme si la température elle-même retenait son souffle.
Elle traversa. La goutte suspendue à hauteur de sa hanche l'éclaboussa quand elle la frôla, puis resta en l'air, crevée en forme d'étoile.
Elle passa devant la voiture arrêtée. Le conducteur, figé, regardait à gauche, la bouche entrouverte, un doigt sur la molette de la radio. Sur le tableau de bord, elle aperçut la poussière, un ticket de parking, la photo d'un chien. Elle ne toucha pas à la portière.
Elle marcha jusqu'au carrefour, puis jusqu'au suivant. Et elle comprit ce qui la mettait mal à l'aise : ce n'était pas le silence. C'était l'absence de limites. Elle pouvait entrer dans les magasins, fouiller les téléphones, ouvrir les manteaux. Pendant une heure, chaque nuit, le monde était sans serrure et sans témoin. Et cela durait depuis des années.
Elle songea à tout ce qu'on pouvait faire d'une heure comme celle-là. Puis elle se dit que quelqu'un, quelque part, y avait déjà pensé avant elle.
Il était là, au milieu du pont, à mi-portée, appuyé au parapet.
Un homme d'une soixantaine d'années, en imperméable, un sac de courses posé contre sa jambe. Il fixait l'eau, immobile. Comme les autres.
Sauf qu'il tremblait.
Léa s'approcha. Ce n'était pas un tremblement de froid ou de peur. Non, c'était celui d'une image mal fixée, un décalage infime entre l'homme et lui-même, comme si deux versions de lui occupaient le même espace, à un cheveu près.
— Monsieur ?
Il tourna la tête.
Léa recula d'un pas. Il la voyait. Vraiment.
— Vous m'entendez ?
— Oui.
— Depuis combien de temps vous êtes là ?
— Je viens d'arriver.
Il hocha la tête plusieurs fois, trop vite, comme s'il cherchait à se convaincre lui-même.
— Moi, je suis là depuis... Je ne sais pas. J'ai posé le sac. J'allais rentrer. Et puis la pluie s'est arrêtée en l'air.
Il désigna les gouttes suspendues au-dessus du fleuve, des milliers, immobiles, qui captaient la lumière des lampadaires.
— C'est joli, dit-il. Ça fait peur, mais c'est joli. Vous ne trouvez pas ?
— Si.
— Ma femme ne me croira pas.
Il rit. Puis son rire s'interrompit net, comme s'il avait été coupé au couteau.
Léa sentit quelque chose se serrer dans sa gorge.
— Comment vous appelez-vous ?
— Peyrat. Serge.
— Serge, écoutez-moi. Rentrez chez vous. Tout de suite.
— Je ne peux pas.
Il fixa ses mains, perplexe.
— Je n'arrive plus à me rappeler de quel côté c'est.
Le tremblement s'accentua. Son contour devint flou, comme une inscription qu'on efface d'un chiffon.
— Serge...
— Vous savez ce qui est bizarre ? dit-il, très calmement. Je crois que ce n'est pas la première fois.
Puis il ne fut plus là.
Pas d'éclair. Pas de bruit. Il ne tomba pas, ne se dissipa pas. Il cessa simplement d'exister à cet endroit, et l'air se referma sur lui sans une ride.
Le sac de courses resta contre le parapet, une seconde entière.
Puis il disparut à son tour.
Léa resta immobile au milieu du pont, dans une ville figée, sous une pluie clouée au-dessus du fleuve.
Elle regarda l'endroit où il avait posé la main. Le parapet était sec. Il l'avait toujours été.
Minuit.
La pluie se déversa d'un coup, comme si toutes les gouttes suspendues avaient décidé de tomber en même temps. Les voitures repartirent. L'homme acheva son pas et son mot. La rue redevint normale. Vide.
Le carnet 47 était ouvert sur le bureau. Une nouvelle page était apparue.
13/10/2047 — 00 h 03
Tu as vu l'Heure Vide.
Maintenant, tu sais.
VIEILLE GARE. VOIE 12. 18 H CE SOIR.
NE ME FAIS PAS CONFIANCE.
— L.
Léa effleura l'encre. Elle était fraîche.
Dans la salle de bain, son reflet apparut dans le miroir. Pâle. Épuisé.
— Tu es moi ?
Le reflet secouait la tête. Pourtant, Léa n'avait pas bougé.
— Non.
Elle recula d'un pas. Le reflet sourit. Et continua de sourire après qu'elle eut détourné les yeux.
La glace se couvrit de buée. Deux mots s'y formèrent, tracés par une main invisible :
PAS ENCORE.
Puis, en dessous :
JE SAIS.
Trois coups retentirent dans le couloir. Quand elle ouvrit, personne. Juste une enveloppe glissée sous la porte.
À l'intérieur : une clé, et un mot.
Viens seule. Ne prends pas ton téléphone. 18 h. Voie 12.
La clé portait un numéro gravé dans le métal :
-3
📄 CHAPITRE 2 : LE NIVEAU -3
Le 13 octobre, à 7 h 40, Léa était aux Archives.
Elle ne chercha pas les dossiers de disparition. Elle chercha Serge Peyrat.
Le fichier des personnes n'avait rien. L'état civil du Rhône n'avait rien. Elle essaya toutes les variantes, les orthographes, les communes limitrophes, les registres électoraux, puis les avis d'obsèques. Sans résultat.
À 9 h 20, elle appela la mairie du 6e, se faisant passer pour une chargée d'inventaire. La femme au bout du fil fut charmante et catégorique : aucun Peyrat dans la commune, ni dans les voisines, depuis 2038.
Léa raccrocha. Elle resta un moment la main sur le combiné, le regard vide.
Un homme s'était tenu à quarante minutes de chez elle, avec un sac de courses et une femme qui ne le croirait pas. Il n'y avait pas de déclaration de disparition, car il n'y avait personne pour la faire. Il ne manquait à personne. On ne lui avait pas seulement volé une heure. On avait retiré le fil, et tout ce qui y pendait était parti avec.
Noah posa un gobelet sur son bureau, sans un mot.
— Tu n'as pas dormi.
— Non.
Il attendit. Il était très bon à ce jeu-là. C'était même la seule chose qu'il faisait mieux que tout le monde.
— Si je te disais quelque chose d'impossible, demanda Léa, tu ferais quoi ?
— Je te croirais. C'est comme ça que ça marche entre nous, non ?
Léa ouvrit la bouche.
Puis elle se souvint de la page apparue dans son carnet, et de la phrase qui la terminait.
Ne me fais pas confiance.
Elle referma la bouche.
— Je te le dirai demain, promit-elle.
— D'accord.
Il retourna à son bureau. Il ne lui en voulut jamais. Ce qui, d'une certaine manière, fut pire.
La vieille gare était fermée depuis douze ans. Les quais servaient de remise, la verrière avait perdu la moitié de ses vitres, et sur les grilles, quelqu'un avait tagué des choses illisibles.
Léa arriva à 17 h 56. Elle trouva la porte au bout du quai 12, une porte de service sans poignée, avec une serrure trop récente pour le bâtiment.
La clé fonctionna.
Derrière, un escalier. Elle descendit un niveau, puis deux, puis trois. L'air devint sec, tiède, chargé d'un bourdonnement continu, celui des machines qu'on ne chauffe que pour elles.
Sur la dernière porte, une plaque :
ARCHIVES—NIVEAU-3
Un homme l'attendait de l'autre côté. Une cinquantaine d'années, cheveux gris, une canne contre le bureau. Et un regard. Celui de quelqu'un qui n'avait pas fermé l'œil depuis longtemps.
— Bonjour, Léa.
— Qui êtes-vous ?
— Elias Voss.
Son cœur se serra avant même qu'elle comprenne pourquoi.
— Mon père est mort.
— Je sais.
— Alors vous n'êtes pas lui.
Elias baissa les yeux.
— Pas exactement.
Il ouvrit la porte du fond. Derrière, une salle d'archives s'étendait sur trente mètres, remplie de rayonnages et de centaines de dossiers dans des boîtes grises. Au centre, sur une table, une chemise cartonnée portait trois lignes :
LÉA VOSS — PROJET CHRONOS — SUJET L-47
— Je n'ai jamais travaillé ici.
— Si.
— Je suis archiviste.
— Aujourd'hui.
Il posa une photographie devant elle. Une Léa plus jeune, en blouse blanche, un scalpel à la main, dans une salle blanche qu'elle reconnut avant même de reconnaître son propre visage.
— Tu étais neuroscientifique.
Elle recula d'un pas, choquée.
— Qu'est-ce que j'ai fait ?
— Tu as créé Chronos.
Les dossiers remontaient à 2019. Recherches fondamentales, financements, brevets. Puis le Projet 25, et les essais cliniques : 2036, 2037, 2038, 2039. Une ligne par sujet. Un chiffre par ligne.
- Sujet 23 : mémoire partiellement effacée.
- Sujet 24 : mémoire totalement effacée.
- Sujet 25 : décès.
Le projet avait gardé le numéro du mort. Personne n'avait jugé utile de le changer.
Puis, six pages plus loin :
2039 — SUJET L-47 : RÉACTION ANORMALE.
MÉMOIRE NON EFFACÉE.
À SURVEILLER.
ÉLIMINATION NÉCESSAIRE.
Léa releva la tête.
— Pourquoi m'avoir laissé vivre ?
— Je ne t’ai pas laissée vivre.
Elias posa une deuxième photographie à côté de la première. La même femme, plus jeune encore, debout devant une machine haute comme une pièce.
— C’est toi qui t’es sauvée. Tu as compris ce que Chronos allait devenir.
— Et j’ai fui.
— Non.
Il la fixa, les yeux durs.
— Tu as fait quelque chose de pire. Tu as effacé ta propre mémoire.
Il tourna un écran vers elle et lança une série de fichiers. Léa apparut. Puis Léa encore. Puis des dizaines de fois, dans la même salle, devant la même caméra, avec des cheveux plus courts, plus longs, une cicatrice qui n’était pas encore là, une autre qui l’était déjà.
La première disait : Je veux oublier.
Une autre : Je veux détruire Chronos.
Une autre, très calme : Le projet est nécessaire.
Et la dernière, en regardant l’objectif comme si elle savait exactement qui la regarderait un jour :
"Si elle arrive jusqu’ici, elle doit savoir."
Léa s’assit, sonnée.
— Combien sommes-nous ?
— Je ne sais pas.
— Combien ?
— Des dizaines.
Elle ferma les yeux.
— Pourquoi ?
— Parce que tu as essayé de fabriquer une mémoire capable de survivre à un effacement. Tu as échoué. Ce que tu as créé, ce sont des versions de toi.
Dans une pièce au fond de la salle, un grand miroir était posé contre le mur, sans cadre, comme s'il attendait qu'on le monte quelque part.
Léa s'en approcha. Son reflet apparut, avec un léger décalage, comme un écho visuel.
Puis il parla.
— Tu m'as oubliée.
Elle se retourna. Personne. Pourtant, elle était bien seule.
— Qui es-tu ?
— Celle que tu as laissée derrière.
La douleur lui traversa le crâne, violente. Et soudain, elle vit : une gare, un quai dans la brume, vingt silhouettes immobiles, toutes à son image. Et une phrase, écrite nulle part, mais qu'elle comprit instantanément :
"UNE SEULE DOIT RESTER."
Elle rouvrit les yeux. Elias la tenait par le bras.
— Voie 12, murmura-t-elle.
Il hocha la tête.
— Elles t'attendent.
📄 CHAPITRE 3 : CELLES QUI SONT RESTÉES
Le quai était plongé dans la brume. Cette brume basse, typique d'octobre à Lyon, qui montait du Rhône et sentait la vase et le fer.
Léa arriva seule, à 17 h 58.
Une femme apparut au bout du quai. Puis une autre, puis une autre encore, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de place pour compter.
Vingt. Toutes elle.
Certaines portaient des cicatrices qu'elle n'avait pas. L'une semblait plus jeune de dix ans. Une autre avait vécu vingt ans de plus qu'elle. Une troisième avait les yeux rouges d'avoir pleuré. Une autre serrait une photographie contre sa poitrine, face cachée.
Elles la fixaient comme on regarde quelqu'un qu'on a attendu trop longtemps, et qui arrive enfin, avec des années de retard.
La première s'avança.
— Enfin.
— Qui êtes-vous ?
— Nous sommes toi.
— Je ne vous connais pas.
— C'est justement le problème.
Elles se présentèrent une à une. Et Léa comprit, en les écoutant, que chaque version d'elle-même représentait un chemin qu'elle avait failli emprunter.
La douze voulait oublier.
— La mémoire est une prison. On y enferme les gens, et on ne leur rend jamais la clé.
La dix-neuf voulait détruire Chronos.
— Ils nous ont réduites à des cobayes. Et le pire, c'est qu'on a signé.
La vingt-sept ne dit rien. Elle se contenta de fixer ses mains, comme si elles détenaient toutes les réponses.
La trente et un croyait encore au projet. Et c'était la seule que Léa eut du mal à écouter.
— Chronos devait empêcher des catastrophes. Il en a empêché.
— Ce n'est pas un argument. C'est une façon de rendre le désaccord impossible.
— Non, répliqua la trente et un. C'est une comptabilité que personne n'a envie de tenir. Décembre 2040, gare de la Part-Dieu. Tu veux le chiffre ?
Léa ne répondit pas.
— Quatre cents personnes. Nous avons retiré une heure, déplacé un homme et son sac de trois cents mètres. Le lendemain, il n'y a rien eu dans les journaux, car il n'y avait rien à écrire. Ces gens sont vivants ce soir. Ils ne le sauront jamais. C'est même toute la beauté de la chose.
— Et Serge Peyrat ?
— Serge Peyrat, c'est le prix.
— Voilà, dit Léa. C'est exactement là que je ne peux plus te suivre. Tu as une colonne pour les vies sauvées, une autre pour le prix, et tu as décidé toute seule qui allait où.
— Quelqu'un doit décider.
— Personne ne doit décider. C'est ça, la découverte. Il m'a fallu huit ans et vingt versions de moi-même pour le comprendre.
La trente et un la regarda longuement, sans hostilité.
— Tu diras ça aux quatre cents.
— Non, répondit Léa. Je ne leur dirai rien. Je leur rendrai leur heure, et ils décideront eux-mêmes ce qu'ils en pensent. C'est tout ce que j'ai à offrir, et c'est déjà plus que ce qu'on leur a laissé.
La trente-huit avait presque tout perdu. Elle ne cherchait plus à savoir quoi.
La quarante-deux connaissait le Nœud. Elle en parlait comme d'une adresse, avec un détachement d'inventaire.
Et la quarante-sept savait pourquoi elles existaient toutes.
— Tu voulais sauver quelqu'un.
Une image surgit derrière les yeux de Léa, sans qu'elle l'ait appelée. Un jardin de banlieue. Emma Roux, 4 ans, accroupie près d'un massif, une petite main tendue vers quelque chose d'invisible.
— Maman ?
Léa porta une main à sa bouche, comme pour retenir un cri.
— Qui est-elle ?
— Emma. Ta fille.
Quelque chose en elle se déchira, sans un bruit.
— Je ne me souviens pas d'elle.
— Non, dit la quarante-sept. Et c'est justement pour ça que tu es devenue dangereuse.
Alors les souvenirs revinrent.
Et ils ne revinrent pas doucement.
Anne, sa mère, dans une cuisine, en 2022, lui expliquant que son père ne rentrerait plus. Le laboratoire. Les premiers relevés. Daniel Morel, quarante-deux ans, signant un formulaire de consentement en riant, car il trouvait la formulation comique. Une console. Ses propres mains sur cette console.
Et sa propre voix, plus jeune, plus rapide, sûre d'elle :
— Si nous retirons une heure à la conscience humaine, personne ne saura qu'elle manque.
Une autre voix, hors champ :
— Et si certains s'en souviennent ?
— Alors nous recommencerons.
Le souvenir s'arrêta là. Net.
Léa tomba à genoux sur le béton du quai.
— J'ai dit ça ?
— Oui, confirma la dix-neuf.
— Pourquoi ?
— Parce que tu pensais que la fin justifiait tout. C'est ce que pensent les gens qui n'ont pas encore vu la fin.
À 23 h, l'Heure Vide commença.
La brume cessa de bouger. Un train de marchandises, très loin, s'arrêta dans un grincement. Vingt femmes restèrent immobiles. Mais Léa comprit qu'elles ne l'étaient pas vraiment : elles lui laissaient le temps de réfléchir.
La douze s'approcha.
— Tu peux repartir.
— Comment ?
— Oublie. Tu sais très bien faire. Tu as un talent pour ça.
— Et vous ?
— Nous, nous disparaîtrons.
Léa les regarda une à une. Oublier. Détruire. Continuer. Pardonner. Se venger. Tout recommencer. Chaque version d'elle était une porte qu'elle avait devant elle depuis huit ans, sans jamais oser l'ouvrir, de peur de ce qu'il y avait derrière.
Elle s'arrêta sur la quarante-sept.
— Et toi ?
— Je suis celle qui se souvient.
— Alors je choisis ça.
Léa ferma les yeux.
— Cette fois, je vais tout retrouver.
Elles vinrent une à une. Et chacune lui rendit ce qu’elle lui avait pris. Pas des images. Des heures entières, avec leur poids, leur odeur, leur bruit. Léa les accepta toutes. Elle n’avait pas le choix. C’était elle qui les avait écrites.
Quand la dernière s’effaça, le quai était vide, la brume s’était remise à danser, et il pleuvait.
📄 CHAPITRE 4 : LE NŒUD
Lyon — 14 octobre 2047, 00 h 01
Léa se réveilla dans son lit, à 00 h 01.
Elle savait qu’elle n’avait pas dormi. Elle savait aussi qu’elle venait de vivre huit ans en une heure.
Elle se leva, les jambes flageolantes, et alluma la lumière. La chambre était telle qu’elle l’avait laissée. Le carnet était toujours sur la table de nuit, ouvert à la page où elle avait noté : "Si elle arrive jusqu’ici, elle doit savoir."
Elle l’avait écrit elle-même. La quarante-sept.
Elle prit une douche. L’eau chaude lui rappela qu’elle était bien là, bien vivante, bien elle. Elle s’habilla, but un café, et attendit que le jour se lève. Elle avait besoin de voir la lumière.
À 7 h, elle était devant l’immeuble de Daniel Morel.
Il ouvrit la porte en pyjama, les yeux bouffis de sommeil.
— Léa ? Qu’est-ce que tu...
— Je dois te parler.
Il la fit entrer. L’appartement était en désordre, comme toujours. Des dossiers traînait sur la table basse. Des tasses de café à moitié bues. Une odeur de tabac froid.
— Tu as l’air en forme, dit-il en bâillant.
— J’ai passé une nuit blanche.
— Ah. Moi aussi, en quelque sorte.
Il lui fit un café. Elle le but sans sucre, sans rien dire. Elle avait besoin de temps pour organiser ses idées. Elle avait besoin de temps pour organiser elle-même.
— Tu te souviens de Chronos ? demanda-t-elle enfin.
Il sourit, amusé.
— Bien sûr. C’était mon projet.
— Tu te souviens de moi ?
Il la regarda, intrigué.
— Toi ? Bien sûr. Tu faisais partie de l’équipe. Pourquoi cette question ?
— Parce que je me souviens de choses que je ne devrais pas me souvenir.
Il posa sa tasse.
— Explique.
— Je me souviens de tout. Même des heures qu’on a effacées.
Il ne rit pas. Il ne sourit pas. Il se contenta de la fixer, comme s’il essayait de voir à travers elle.
— C’est impossible.
— Je sais.
— Alors ?
— Alors je crois que j’ai trouvé un bug dans le système.
Il se leva, alla chercher un carnet sur son bureau. Il le feuilletta, puis le lui tendit. C’était un carnet identique au sien. À la page 12, il y avait la même phrase : "Si elle arrive jusqu’ici, elle doit savoir."
— Tu as écrit ça, dit-il.
— Non. Toi.
Il ferma le carnet.
— Léa, écoute-moi bien. Chronos, c’était une expérience. Une expérience réussie. On a effacé des heures, on a sauvé des vies, et personne ne s’en est aperçu. Personne, sauf toi, apparemment.
— Et les autres ?
— Les autres quoi ?
— Les autres versions de moi.
Il pâlit.
— Qu’est-ce que tu racontes ?
— J’ai rencontré vingt versions de moi-même hier soir. Vingt versions qui ont toutes fait des choix différents. Vingt versions qui ont toutes vécu des choses différentes.
Il se rassit, lentement.
— C’est... impossible.
— Je sais.
— Alors qu’est-ce que tu veux que je te dise ?
— Je veux que tu me dises où est le Nœud.
Il la regarda, et pour la première fois, elle vit de la peur dans ses yeux.
— Léa, arrête.
— Je ne peux pas.
— Si tu continues, tu vas tout faire s’effondrer.
— C’est déjà fait.
Il se leva, alla vers la fenêtre. Il resta un long moment silencieux, puis il se retourna.
— Le Nœud, c’est un lieu. Un lieu où toutes les heures effacées sont stockées. C’est... une sorte de bibliothèque.
— Où ?
— Sous Lyon. Sous la gare de la Part-Dieu.
— Et comment on y accède ?
— On n’y accède pas. C’est interdit.
— Alors comment elles y ont accédé ?
Il ne répondit pas.
— Tu le sais, n’est-ce pas ?
— Léa, arrête. Tu ne sais pas ce que tu fais.
— Si. Je sais exactement ce que je fais. Je vais rendre leur heure aux gens. Toutes leurs heures.
— Tu ne peux pas.
— Je dois.
Il la regarda longuement, puis il soupira.
— Si tu veux vraiment y aller, il y a une entrée. Une entrée de service. Mais elle est gardée.
— Par qui ?
— Par des gens comme toi. Des gens qui savent.
— Alors je saurai les convaincre.
Il secouait la tête, comme s’il avait déjà perdu.
— Tu ne comprends pas. Ce n’est pas une question de conviction. C’est une question de... de réalité. Si tu rends leur heure aux gens, tu vas créer des paradoxes. Des gens qui se souviendront de choses qui ne sont pas arrivées. Des gens qui agissent différemment. Tu vas tout casser.
— Alors c’est ça, le vrai problème. Pas les vies sauvées. Pas les choix. Le désordre.
— Oui.
— Alors je vais créer du désordre.
Il ne répondit pas. Il se contenta de lui tendre une clé.
— C’est la clé de l’entrée de service. Mais ne me dis pas que je ne t’ai pas prévenue.
Elle prit la clé. Elle était lourde, plus lourde qu’elle n’y paraissait.
— Merci, Daniel.
— Ne me remercie pas. Tu vas peut-être détruire le monde.
— Non, dit-elle. Je vais juste le rendre un peu plus honnête.
Elle sortit de l’appartement, la clé serrée dans sa main. Elle savait ce qu’elle avait à faire.
Et pour la première fois depuis longtemps, elle avait l’impression d’être elle-même.
.......................................
A SUIVRE LE RESTE ARRIVE BIENTÔT.
Merci pour vos retours soyez indulgent c'est mon premier
Merci à vous.
r/ScienceFiction_FR • u/artsnumeriques • Sep 16 '26
Romain Gavras est le fils du réalisateur Costa-Gavras et de la productrice Michèle Ray-Gavras, et le frère d'Alexandre Gavras et de Julie Gavras.
r/ScienceFiction_FR • u/artsnumeriques • Sep 16 '26
Sur reddit > r/SCP
La série anthologique V/H/S poursuivra son expansion au cinéma avec V/H/S: SCP, attendu en salles en 2027. A24 rejoint cette nouvelle étape de la franchise, qui sera la première à bénéficier d’une exploitation en salles plutôt que d’une diffusion exclusivement pensée pour le streaming.
Avant cela, V/H/S/Mixtape, un épisode construit autour de la musique, doit arriver en octobre 2026. V/H/S: SCP prendra ensuite le relais avec un cadre inspiré d’un des plus vastes univers de fiction collaborative nés sur Internet.
> https://www.aucoeurdelhorreur.com/vhs-scp-sortie-cinema-a24-2027/
SCP International, organisation commune de toutes les branches de la Fondation SCP, a suivi avec grand intérêt les récentes informations faisant état d'un projet en développement de film SCP au sein de la série anthologique "V/H/S". Cependant, aucune des branches n'a à l'heure actuelle été en contact avec aucune des entités derrière le projet (Spooky Pictures, Image Nation Studios et A24) et aucune des tentatives de prise de contact menées par la Branche anglophone de la Fondation SCP n'ont à ce jour reçu de réponse...
Lire le communiqué de la Fondation SCP > http://fondationscp.wikidot.com/joint-statement-on-vhs-film
r/ScienceFiction_FR • u/Stefam-Auteur • Sep 15 '26
J’ai créé quatre cartes postales autour de l’univers de mon roman de science-fiction.
Laquelle préférez-vous : 1, 2, 3 ou 4 ? Et qu’est-ce qui vous plaît le plus dans celle que vous avez choisie ?
r/ScienceFiction_FR • u/Lamurse • Sep 15 '26
CELLE QUI EST RESTÉE
Nouvelle de DAVID
PROLOGUE
Léa se réveilla avec la certitude d'avoir déjà vécu cet instant.
Pas de l'avoir rêvé. Vécu.
La première chose qu'elle sentit fut la douleur. Sourde, profonde, derrière les yeux, comme si on y avait posé un poids trop lourd, puis oublié de le retirer.
Elle voulut bouger. Ses poignets ne répondirent pas. Ses chevilles non plus. Elle tira ; les sangles résistèrent.
Elle baissa les yeux. Une blouse blanche. Des traces brunâtres sur les manches. Elle ne se souvenait ni de l'avoir enfilée, ni de la pièce, ni de la table, ni de la raison pour laquelle elle était attachée.
Elle inspira : désinfectant, métal. Et une autre odeur, organique, presque sucrée, qui lui retourna l'estomac.
— Où suis-je ?
Sa voix était faible. Des pas approchèrent. Un homme entra dans son champ de vision. Blouse grise, gants noirs, cheveux noirs plaqués en arrière. Il ne la regardait pas comme on regarde une personne, mais comme on relit un résultat qu'on espérait différent.
Il consulta une tablette.
— Léa Voss.
Le nom provoqua une réaction qu'elle ne comprit pas. Une douleur, très loin derrière sa conscience, comme un objet tombant dans une pièce voisine.
— Vous me connaissez ?
— Vous avez trente-cinq ans.
Il fit défiler l'écran.
— Vous êtes neuroscientifique.
— Je ne suis pas...
Elle s'interrompit. Elle ignorait qui elle était, où elle vivait, ou si quelqu'un l'attendait quelque part.
L'homme approcha une seringue du plateau. Le liquide était bleu, presque lumineux.
— Qu'est-ce que vous allez faire ?
Il planta l'aiguille.
Une brûlure. Le plafond se déforma.
Léa ferma les yeux.
Une chambre apparut. Une fenêtre. De la pluie. Une femme assise devant un miroir. Léa s'en approcha, et la femme releva la tête.
C'était elle. Exactement elle. Même visage, même cicatrice au-dessus du sourcil, même regard.
La femme sourit, puis posa son doigt contre la glace. Léa fit le même geste. Leurs doigts se touchèrent à travers la paroi. La femme parla. Léa n'entendit pas les mots, mais elle les comprit.
Tu es en retard.
Léa ouvrit les yeux. La pièce blanche était toujours là. L'homme aussi. Et la seringue.
— Qu'avez-vous vu ?
— Une femme.
— Qui ?
Elle hésita.
— Moi.
L'homme cessa d'écrire. Une seconde seulement, mais assez pour que Léa aperçoive une lueur de peur dans son regard.
Au-dessus d'elle, un écran s'alluma.
COUCHE 47
Puis :
INTÉGRITÉ MÉMORIELLE : 12 %
Léa tira sur ses liens.
— Qu’est-ce que ça veut dire ?
L’homme prit un scalpel sur le plateau.
— Vous allez bientôt vous souvenir.
— De quoi ?
Il s’approcha.
— De tout.
La lame descendit. Léa hurla.
Puis le monde s’éteignit.
I. LE CARNET
Lyon — 12 octobre 2047
Léa se réveilla à 6 h 13 et resta immobile.
Le plafond était blanc. Pas exactement comme celui de la pièce où elle s'était réveillée la veille, mais suffisamment proche pour la troubler.
Elle attendit. Aucune blouse grise en vue, aucune seringue, aucun scalpel. Juste le chauffage qui claquait et le bruit d'un camion dans la rue.
Elle s'assit. Ses mains tremblaient.
Son appartement était petit. Un lit, un bureau, une cuisine derrière une cloison, une bibliothèque remplie de romans policiers et de livres de neurosciences qu'elle ne reconnaissait pas.
Elle ouvrit le tiroir de la table de nuit. Sept carnets noirs y étaient empilés. Elle les sortit un à un et les aligna sur le drap, dans l'ordre des numéros inscrits sur les couvertures.
Elle ne se souvenait ni de les avoir achetés, ni d'avoir écrit les pages qu'ils contenaient. Pourtant, l'écriture était bien la sienne : elle reconnaissait ses boucles, ses t barrés, l'inclinaison de ses lettres.
Le 47 était presque plein. Elle l'ouvrit.
5 octobre — rêve identique.
7 octobre — même pièce.
9 octobre — femme dans le miroir.
Et, à la dernière ligne écrite :
12 octobre — elle me parle maintenant.
Léa referma le carnet. Sept nuits de suite, le même rêve. Et chaque fois, quelque chose revenait un peu plus loin : la pièce, la femme, la voix. Depuis deux nuits, une impression nouvelle s'y était ajoutée, une certitude qui l'empêchait de se rendormir.
Elle ne rêvait pas du passé. Elle rêvait d'un souvenir qu'on avait tenté de lui voler.
À 8 h 07, elle poussa la porte des Archives nationales de Lyon, un bâtiment gris de la Part-Dieu où elle travaillait depuis cinq ans. Elle aimait ce métier. Les documents avaient une qualité rassurante : ils étaient là, datés, classés, conservés. Immuables.
Noah était déjà à son bureau, un livre ouvert à côté du clavier, comme toujours. Il leva les yeux.
— Tu as une sale tête.
— Bonjour à toi aussi.
— C'était affectueux.
— Alors ça va.
Il sourit. C'était l'un des rares amis qu'elle avait gardés. Peut-être le seul.
— Encore le rêve ?
Léa s'immobilisa, son manteau à moitié enlevé.
— Comment tu sais ?
— Tu m'as appelé cette nuit.
— Je t'ai appelé ?
— Trois heures du matin.
— Qu'est-ce que j'ai dit ?
Noah hésita une seconde de trop.
— Rien.
— Rien ?
— Tu respirais.
Elle le regarda.
— Combien de temps ?
— Vingt-sept secondes.
Il posa son stylo, l'air soudain sérieux.
— Léa, ça devient inquiétant.
— Ce n'est qu'un rêve.
— Alors pourquoi tu m'appelles sans t'en souvenir ?
Elle n'avait pas de réponse. Alors elle s'assit et alluma son écran.
À 10 h 32, elle ouvrit un dossier de disparitions.
Un homme de trente-huit ans. Disparu. Pas mort, pas retrouvé.
Dernière activité enregistrée : 23 h 17.
Le suivant : 23 h 42. Le troisième : 23 h 03. Le quatrième : 23 h 56.
Elle passa la journée là-dessus, à sortir les rapports, les relevés de caméras, les mains courantes. Et toujours le même schéma : jamais avant 23 h, jamais après minuit.
Elle prit une feuille et écrivit :
23:00 — 00:00
Puis, en dessous, deux mots dont elle ignorait d'où ils lui venaient :
HEURE VIDE
Le terme lui parut à la fois absurde et parfaitement juste. Comme si une heure avait été volée à certaines vies, sans que personne ne s'en aperçoive.
À 17 h 48, elle rouvrit le carnet 47 pour y noter les horaires.
Une page était apparue. Elle n'y était pas le matin — Léa en était certaine, elle avait feuilleté chaque carnet.
J'ai vu l'Heure Vide.
Tout le monde était figé.
Sauf elle.
Elle m'a souri.
Ne me fais pas confiance.
Plus loin, sur une page qu'elle n'avait jamais vue :
COUCHE 47-B : STABLE.
COUCHE 47-C : INSTABLE.
ÉLIMINATION NÉCESSAIRE.
LE DOUBLE SAIT.
À 22 h 59, elle était debout devant sa fenêtre, la lumière éteinte.
L'horloge de la cuisine passa à 23 h.
Le monde s'arrêta net.
Une voiture resta immobile au milieu du carrefour. Une goutte de pluie demeura suspendue à un mètre du sol, parfaitement ronde. Un homme s'immobilisa, un pied en l'air, la bouche ouverte sur un mot inachevé.
Léa respirait. Elle était la seule à le faire.
Puis une femme apparut au milieu de la rue. Même pull gris, même jean, mêmes chaussures. Même taille. Même visage.
Elle leva les yeux vers la fenêtre et sourit. Un sourire que Léa reconnut instantanément.
Léa ouvrit la fenêtre.
— Qui êtes-vous ?
— Tu m'as manqué.
La voix ne traversa pas l'air. Elle résonna directement dans sa tête, comme un écho intérieur.
— Qui es-tu ?
— Tu sais.
— Non.
— Si.
La femme fit un pas.
— On va bientôt se retrouver.
Puis elle recula dans la brume de pluie suspendue, et disparut.
II. LE NIVEAU -3
Le 13 octobre, à 7 h 40, Léa était aux Archives.
Elle ne chercha pas les dossiers de disparition. Elle chercha Serge Peyrat.
Le fichier des personnes n'avait rien. L'état civil du Rhône n'avait rien. Elle essaya toutes les variantes, les orthographes, les communes limitrophes, les registres électoraux, puis les avis d'obsèques. Sans résultat.
À 9 h 20, elle appela la mairie du 6ᵉ, se faisant passer pour une chargée d'inventaire. La femme au bout du fil fut charmante et catégorique : aucun Peyrat dans la commune, ni dans les voisines, depuis 2038.
Léa raccrocha. Elle resta un moment la main sur le combiné, le regard vide.
Un homme s'était tenu à quarante minutes de chez elle, avec un sac de courses et une femme qui ne le croirait pas. Il n'y avait pas de déclaration de disparition, car il n'y avait personne pour la faire. Il ne manquait à personne. On ne lui avait pas seulement volé une heure. On avait retiré le fil, et tout ce qui y pendait était parti avec.
Noah posa un gobelet sur son bureau, sans un mot.
— Tu n'as pas dormi.
— Non.
Il attendit. Il était très bon à ce jeu-là. C'était même la seule chose qu'il faisait mieux que tout le monde.
— Si je te disais quelque chose d'impossible, demanda Léa, tu ferais quoi ?
— Je te croirais. C'est comme ça que ça marche entre nous, non ?
Léa ouvrit la bouche.
Puis elle se souvint de la page apparue dans son carnet, et de la phrase qui la terminait.
Ne me fais pas confiance.
Elle referma la bouche.
— Je te le dirai demain, promit-elle.
— D'accord.
Il retourna à son bureau. Il ne lui en voulut jamais. Ce qui, d'une certaine manière, fut pire.
La vieille gare était fermée depuis douze ans. Les quais servaient de remise, la verrière avait perdu la moitié de ses vitres, et sur les grilles, quelqu'un avait tagué des choses illisibles.
Léa arriva à 17 h 56. Elle trouva la porte au bout du quai 12, une porte de service sans poignée, avec une serrure trop récente pour le bâtiment.
La clé fonctionna.
Derrière, un escalier. Elle descendit un niveau, puis deux, puis trois. L'air devint sec, tiède, chargé d'un bourdonnement continu, celui des machines qu'on ne chauffe que pour elles.
Sur la dernière porte, une plaque :
ARCHIVES — NIVEAU -3
Un homme l'attendait de l'autre côté. Une cinquantaine d'années, cheveux gris, une canne contre le bureau. Et un regard. Celui de quelqu'un qui n'avait pas fermé l'œil depuis longtemps.
— Bonjour, Léa.
— Qui êtes-vous ?
— Elias Voss.
Son cœur se serra avant même qu'elle comprenne pourquoi.
— Mon père est mort.
— Je sais.
— Alors vous n'êtes pas lui.
Elias baissa les yeux.
— Pas exactement.
Il ouvrit la porte du fond. Derrière, une salle d'archives s'étendait sur trente mètres, remplie de rayonnages et de centaines de dossiers dans des boîtes grises. Au centre, sur une table, une chemise cartonnée portait trois lignes :
LÉA VOSS — PROJET CHRONOS — SUJET L-47
— Je n'ai jamais travaillé ici.
— Si.
— Je suis archiviste.
— Aujourd'hui.
Il posa une photographie devant elle. Une Léa plus jeune, en blouse blanche, un scalpel à la main, dans une salle blanche qu'elle reconnut avant même de reconnaître son propre visage.
— Tu étais neuroscientifique.
Elle recula d'un pas, choquée.
— Qu'est-ce que j'ai fait ?
— Tu as créé Chronos.
Il poussa un dossier vers elle. Les pages étaient remplies de notes, de schémas, de dates. 2019. 2036. 2037. 2038. 2039.
Projet 25.
Essai clinique.
Sujet 23 : mémoire partiellement effacée.
Sujet 24 : mémoire totalement effacée.
Sujet 25 : décès.
Le projet avait gardé le numéro du mort. Personne n'avait jugé utile de le changer.
Puis, six pages plus loin :
2039 — SUJET L-47 : RÉACTION ANORMALE.
MÉMOIRE NON EFFACÉE.
À SURVEILLER.
ÉLIMINATION NÉCESSAIRE.
Léa releva la tête, le souffle court.
— Pourquoi m’avoir laissée vivre ?
— Je ne t’ai pas laissée vivre.
Elias posa une deuxième photographie à côté de la première. La même femme, plus jeune encore, debout devant une machine haute comme une pièce.
— C’est toi qui t’es sauvée. Tu as compris ce que Chronos allait devenir.
— Et j’ai fui.
— Non.
Il la fixa, les yeux durs.
— Tu as fait quelque chose de pire. Tu as effacé ta propre mémoire.
Il tourna un écran vers elle et lança une série de fichiers. Léa apparut. Puis Léa encore. Puis des dizaines de fois, dans la même salle, devant la même caméra, avec des cheveux plus courts, plus longs, une cicatrice qui n’était pas encore là, une autre qui l’était déjà.
La première disait : "Je veux oublier."
Une autre : "Je veux détruire Chronos."
Une autre, très calme : "Le projet est nécessaire."
Et la dernière, en regardant l’objectif comme si elle savait exactement qui la regarderait un jour :
"Si elle arrive jusqu’ici, elle doit savoir."
Léa s’assit, sonnée.
— Combien sommes-nous ?
— Je ne sais pas.
— Combien ?
— Des dizaines.
Elle ferma les yeux.
— Pourquoi ?
— Parce que tu as essayé de fabriquer une mémoire capable de survivre à un effacement. Tu as échoué. Ce que tu as créé, ce sont des versions de toi.
Merci pour vos retours soyez indulgent c'est mon premier.
r/ScienceFiction_FR • u/Lamurse • Sep 15 '26
CELLE QUI EST RESTÉE
Nouvelle de DAVID
PROLOGUE
Léa se réveilla avec la certitude d'avoir déjà vécu cet instant.
Pas de l'avoir rêvé. Vécu.
La première chose qu'elle sentit fut la douleur. Sourde, profonde, derrière les yeux, comme si on y avait posé un poids trop lourd, puis oublié de le retirer.
Elle voulut bouger. Ses poignets ne répondirent pas. Ses chevilles non plus. Elle tira ; les sangles résistèrent.
Elle baissa les yeux. Une blouse blanche. Des traces brunâtres sur les manches. Elle ne se souvenait ni de l'avoir enfilée, ni de la pièce, ni de la table, ni de la raison pour laquelle elle était attachée.
Elle inspira : désinfectant, métal. Et une autre odeur, organique, presque sucrée, qui lui retourna l'estomac.
— Où suis-je ?
Sa voix était faible. Des pas approchèrent. Un homme entra dans son champ de vision. Blouse grise, gants noirs, cheveux noirs plaqués en arrière. Il ne la regardait pas comme on regarde une personne, mais comme on relit un résultat qu'on espérait différent.
Il consulta une tablette.
— Léa Voss.
Le nom provoqua une réaction qu'elle ne comprit pas. Une douleur, très loin derrière sa conscience, comme un objet tombant dans une pièce voisine.
— Vous me connaissez ?
— Vous avez trente-cinq ans.
Il fit défiler l'écran.
— Vous êtes neuroscientifique.
— Je ne suis pas...
Elle s'interrompit. Elle ignorait qui elle était, où elle vivait, ou si quelqu'un l'attendait quelque part.
L'homme approcha une seringue du plateau. Le liquide était bleu, presque lumineux.
— Qu'est-ce que vous allez faire ?
Il planta l'aiguille.
Une brûlure. Le plafond se déforma.
Léa ferma les yeux.
Une chambre apparut. Une fenêtre. De la pluie. Une femme assise devant un miroir. Léa s'en approcha, et la femme releva la tête.
C'était elle. Exactement elle. Même visage, même cicatrice au-dessus du sourcil, même regard.
La femme sourit, puis posa son doigt contre la glace. Léa fit le même geste. Leurs doigts se touchèrent à travers la paroi. La femme parla. Léa n'entendit pas les mots, mais elle les comprit.
Tu es en retard.
Léa ouvrit les yeux. La pièce blanche était toujours là. L'homme aussi. Et la seringue.
— Qu'avez-vous vu ?
— Une femme.
— Qui ?
Elle hésita.
— Moi.
L'homme cessa d'écrire. Une seconde seulement, mais assez pour que Léa aperçoive une lueur de peur dans son regard.
Au-dessus d'elle, un écran s'alluma.
COUCHE 47
Puis :
INTÉGRITÉ MÉMORIELLE : 12 %
Léa tira sur ses liens.
— Qu’est-ce que ça veut dire ?
L’homme prit un scalpel sur le plateau.
— Vous allez bientôt vous souvenir.
— De quoi ?
Il s’approcha.
— De tout.
La lame descendit. Léa hurla.
Puis le monde s’éteignit.
I. LE CARNET
Lyon — 12 octobre 2047
Léa se réveilla à 6 h 13 et resta immobile.
Le plafond était blanc. Pas exactement comme celui de la pièce où elle s'était réveillée la veille, mais suffisamment proche pour la troubler.
Elle attendit. Aucune blouse grise en vue, aucune seringue, aucun scalpel. Juste le chauffage qui claquait et le bruit d'un camion dans la rue.
Elle s'assit. Ses mains tremblaient.
Son appartement était petit. Un lit, un bureau, une cuisine derrière une cloison, une bibliothèque remplie de romans policiers et de livres de neurosciences qu'elle ne reconnaissait pas.
Elle ouvrit le tiroir de la table de nuit. Sept carnets noirs y étaient empilés. Elle les sortit un à un et les aligna sur le drap, dans l'ordre des numéros inscrits sur les couvertures.
Elle ne se souvenait ni de les avoir achetés, ni d'avoir écrit les pages qu'ils contenaient. Pourtant, l'écriture était bien la sienne : elle reconnaissait ses boucles, ses t barrés, l'inclinaison de ses lettres.
Le 47 était presque plein. Elle l'ouvrit.
5 octobre — rêve identique.
7 octobre — même pièce.
9 octobre — femme dans le miroir.
Et, à la dernière ligne écrite :
12 octobre — elle me parle maintenant.
Léa referma le carnet. Sept nuits de suite, le même rêve. Et chaque fois, quelque chose revenait un peu plus loin : la pièce, la femme, la voix. Depuis deux nuits, une impression nouvelle s'y était ajoutée, une certitude qui l'empêchait de se rendormir.
Elle ne rêvait pas du passé. Elle rêvait d'un souvenir qu'on avait tenté de lui voler.
À 8 h 07, elle poussa la porte des Archives nationales de Lyon, un bâtiment gris de la Part-Dieu où elle travaillait depuis cinq ans. Elle aimait ce métier. Les documents avaient une qualité rassurante : ils étaient là, datés, classés, conservés. Immuables.
Noah était déjà à son bureau, un livre ouvert à côté du clavier, comme toujours. Il leva les yeux.
— Tu as une sale tête.
— Bonjour à toi aussi.
— C'était affectueux.
— Alors ça va.
Il sourit. C'était l'un des rares amis qu'elle avait gardés. Peut-être le seul.
— Encore le rêve ?
Léa s'immobilisa, son manteau à moitié enlevé.
— Comment tu sais ?
— Tu m'as appelé cette nuit.
— Je t'ai appelé ?
— Trois heures du matin.
— Qu'est-ce que j'ai dit ?
Noah hésita une seconde de trop.
— Rien.
— Rien ?
— Tu respirais.
Elle le regarda.
— Combien de temps ?
— Vingt-sept secondes.
Il posa son stylo, l'air soudain sérieux.
— Léa, ça devient inquiétant.
— Ce n'est qu'un rêve.
— Alors pourquoi tu m'appelles sans t'en souvenir ?
Elle n'avait pas de réponse. Alors elle s'assit et alluma son écran.
À 10 h 32, elle ouvrit un dossier de disparitions.
Un homme de trente-huit ans. Disparu. Pas mort, pas retrouvé.
Dernière activité enregistrée : 23 h 17.
Le suivant : 23 h 42. Le troisième : 23 h 03. Le quatrième : 23 h 56.
Elle passa la journée là-dessus, à sortir les rapports, les relevés de caméras, les mains courantes. Et toujours le même schéma : jamais avant 23 h, jamais après minuit.
Elle prit une feuille et écrivit :
23:00 — 00:00
Puis, en dessous, deux mots dont elle ignorait d'où ils lui venaient :
HEURE VIDE
Le terme lui parut à la fois absurde et parfaitement juste. Comme si une heure avait été volée à certaines vies, sans que personne ne s'en aperçoive.
À 17 h 48, elle rouvrit le carnet 47 pour y noter les horaires.
Une page était apparue. Elle n'y était pas le matin — Léa en était certaine, elle avait feuilleté chaque carnet.
J'ai vu l'Heure Vide.
Tout le monde était figé.
Sauf elle.
Elle m'a souri.
Ne me fais pas confiance.
Plus loin, sur une page qu'elle n'avait jamais vue :
COUCHE 47-B : STABLE.
COUCHE 47-C : INSTABLE.
ÉLIMINATION NÉCESSAIRE.
LE DOUBLE SAIT.
À 22 h 59, elle était debout devant sa fenêtre, la lumière éteinte.
L'horloge de la cuisine passa à 23 h.
Le monde s'arrêta net.
Une voiture resta immobile au milieu du carrefour. Une goutte de pluie demeura suspendue à un mètre du sol, parfaitement ronde. Un homme s'immobilisa, un pied en l'air, la bouche ouverte sur un mot inachevé.
Léa respirait. Elle était la seule à le faire.
Puis une femme apparut au milieu de la rue. Même pull gris, même jean, mêmes chaussures. Même taille. Même visage.
Elle leva les yeux vers la fenêtre et sourit. Un sourire que Léa reconnut instantanément.
Léa ouvrit la fenêtre.
— Qui êtes-vous ?
— Tu m'as manqué.
La voix ne traversa pas l'air. Elle résonna directement dans sa tête, comme un écho intérieur.
— Qui es-tu ?
— Tu sais.
— Non.
— Si.
La femme fit un pas.
— On va bientôt se retrouver.
Puis elle recula dans la brume de pluie suspendue, et disparut.
II. LE NIVEAU -3
Le 13 octobre, à 7 h 40, Léa était aux Archives.
Elle ne chercha pas les dossiers de disparition. Elle chercha Serge Peyrat.
Le fichier des personnes n'avait rien. L'état civil du Rhône n'avait rien. Elle essaya toutes les variantes, les orthographes, les communes limitrophes, les registres électoraux, puis les avis d'obsèques. Sans résultat.
À 9 h 20, elle appela la mairie du 6ᵉ, se faisant passer pour une chargée d'inventaire. La femme au bout du fil fut charmante et catégorique : aucun Peyrat dans la commune, ni dans les voisines, depuis 2038.
Léa raccrocha. Elle resta un moment la main sur le combiné, le regard vide.
Un homme s'était tenu à quarante minutes de chez elle, avec un sac de courses et une femme qui ne le croirait pas. Il n'y avait pas de déclaration de disparition, car il n'y avait personne pour la faire. Il ne manquait à personne. On ne lui avait pas seulement volé une heure. On avait retiré le fil, et tout ce qui y pendait était parti avec.
Noah posa un gobelet sur son bureau, sans un mot.
— Tu n'as pas dormi.
— Non.
Il attendit. Il était très bon à ce jeu-là. C'était même la seule chose qu'il faisait mieux que tout le monde.
— Si je te disais quelque chose d'impossible, demanda Léa, tu ferais quoi ?
— Je te croirais. C'est comme ça que ça marche entre nous, non ?
Léa ouvrit la bouche.
Puis elle se souvint de la page apparue dans son carnet, et de la phrase qui la terminait.
Ne me fais pas confiance.
Elle referma la bouche.
— Je te le dirai demain, promit-elle.
— D'accord.
Il retourna à son bureau. Il ne lui en voulut jamais. Ce qui, d'une certaine manière, fut pire.
La vieille gare était fermée depuis douze ans. Les quais servaient de remise, la verrière avait perdu la moitié de ses vitres, et sur les grilles, quelqu'un avait tagué des choses illisibles.
Léa arriva à 17 h 56. Elle trouva la porte au bout du quai 12, une porte de service sans poignée, avec une serrure trop récente pour le bâtiment.
La clé fonctionna.
Derrière, un escalier. Elle descendit un niveau, puis deux, puis trois. L'air devint sec, tiède, chargé d'un bourdonnement continu, celui des machines qu'on ne chauffe que pour elles.
Sur la dernière porte, une plaque :
ARCHIVES — NIVEAU -3
Un homme l'attendait de l'autre côté. Une cinquantaine d'années, cheveux gris, une canne contre le bureau. Et un regard. Celui de quelqu'un qui n'avait pas fermé l'œil depuis longtemps.
— Bonjour, Léa.
— Qui êtes-vous ?
— Elias Voss.
Son cœur se serra avant même qu'elle comprenne pourquoi.
— Mon père est mort.
— Je sais.
— Alors vous n'êtes pas lui.
Elias baissa les yeux.
— Pas exactement.
Il ouvrit la porte du fond. Derrière, une salle d'archives s'étendait sur trente mètres, remplie de rayonnages et de centaines de dossiers dans des boîtes grises. Au centre, sur une table, une chemise cartonnée portait trois lignes :
LÉA VOSS — PROJET CHRONOS — SUJET L-47
— Je n'ai jamais travaillé ici.
— Si.
— Je suis archiviste.
— Aujourd'hui.
Il posa une photographie devant elle. Une Léa plus jeune, en blouse blanche, un scalpel à la main, dans une salle blanche qu'elle reconnut avant même de reconnaître son propre visage.
— Tu étais neuroscientifique.
Elle recula d'un pas, choquée.
— Qu'est-ce que j'ai fait ?
— Tu as créé Chronos.
Il poussa un dossier vers elle. Les pages étaient remplies de notes, de schémas, de dates. 2019. 2036. 2037. 2038. 2039.
Projet 25.
Essai clinique.
Sujet 23 : mémoire partiellement effacée.
Sujet 24 : mémoire totalement effacée.
Sujet 25 : décès.
Le projet avait gardé le numéro du mort. Personne n'avait jugé utile de le changer.
Puis, six pages plus loin :
2039 — SUJET L-47 : RÉACTION ANORMALE.
MÉMOIRE NON EFFACÉE.
À SURVEILLER.
ÉLIMINATION NÉCESSAIRE.
Léa releva la tête, le souffle court.
— Pourquoi m’avoir laissée vivre ?
— Je ne t’ai pas laissée vivre.
Elias posa une deuxième photographie à côté de la première. La même femme, plus jeune encore, debout devant une machine haute comme une pièce.
— C’est toi qui t’es sauvée. Tu as compris ce que Chronos allait devenir.
— Et j’ai fui.
— Non.
Il la fixa, les yeux durs.
— Tu as fait quelque chose de pire. Tu as effacé ta propre mémoire.
Il tourna un écran vers elle et lança une série de fichiers. Léa apparut. Puis Léa encore. Puis des dizaines de fois, dans la même salle, devant la même caméra, avec des cheveux plus courts, plus longs, une cicatrice qui n’était pas encore là, une autre qui l’était déjà.
La première disait : "Je veux oublier."
Une autre : "Je veux détruire Chronos."
Une autre, très calme : "Le projet est nécessaire."
Et la dernière, en regardant l’objectif comme si elle savait exactement qui la regarderait un jour :
"Si elle arrive jusqu’ici, elle doit savoir."
Léa s’assit, sonnée.
— Combien sommes-nous ?
— Je ne sais pas.
— Combien ?
— Des dizaines.
Elle ferma les yeux.
— Pourquoi ?
— Parce que tu as essayé de fabriquer une mémoire capable de survivre à un effacement. Tu as échoué. Ce que tu as créé, ce sont des versions de toi.
Merci pour vos retours soyez indulgent c'est mon premier.
r/ScienceFiction_FR • u/artsnumeriques • Sep 14 '26
Antoine Volodine met un terme au projet post-exotique commencé en 1985 avec Retour au goudron, une dernière oeuvre de science-fiction post-apocalyptique éclatée en 11 livres publiés simultanément par 11 maisons d'édition différentes, sous la signature collective Infernus Iohannes.
L'ensemble constitue la 49e et dernière oeuvre du post-exotisme.
Et Volodine annonce qu'après ça, il arrête d'écrire : "Je me tais."
Note > Retour au goudron désigne à l'origine un ensemble beaucoup plus vaste de 343 brochures. Les onze livres publiés aujourd'hui sont des proses romanesques extraites de cet ensemble et regroupées par familles.
Les 11 livres
Antoine Volodine, né en 1950, est un écrivain français qui publie depuis 1985, d'abord dans le champ de la science-fiction. Ancien professeur de russe et traducteur, il a notamment traduit les frères Strougatski et Édouard Limonov.
Il est surtout connu pour avoir créé le post-exotisme, un univers littéraire mêlant science-fiction, dystopie, post-apocalypse, récits de prison, révolution, fantastique et onirisme. Il publie également sous plusieurs hétéronymes, notamment Lutz Bassmann et Manuela Draeger, présentés comme d'autres voix appartenant au même univers fictionnel.
r/ScienceFiction_FR • u/artsnumeriques • Sep 14 '26
Les Utopiales, le grand festival de science-fiction en Europe se déroulera du jeudi 29 octobre au dimanche 1er novembre. La thématique des perspectives a été choisie pour cette 27e édition, qui se déroulera à la cité des congrès de Nantes et dans d’autres salles du quartier.