Bonsoir toutes et tous,
Je traverse une grosse déprime soudaine liée à mon hypersexualité et à un changement important que je m'apprête à vivre : une curatelle aménagée, demandée de ma propre initiative, avec une personne proche qui sera ma curatrice.
L'objectif est de protéger mes économies et de constituer une épargne d'avenir, sans claquer parfois plus de 1 000 € dans une seule rencontre de sexe tarifé. Je garderai mon autonomie pour mes démarches administratives et mes futurs choix professionnels ou géographiques.
Pourtant, cette décision me fait flipper. J'ai l'impression qu'on m'enlève une partie de moi : cette possibilité d'avoir du sexe à la demande, presque sans limites.
J'ai 37 ans et une sexualité compulsive depuis mes 12 ans. Diagnostiqué TSA et TDAH à 34 ans, après avoir intégré un parcours en addictologie, j'ai progressivement compris certains mécanismes qui me conduisent à rechercher toujours davantage de stimulation. Mon addiction au porno, présente depuis mes 12 ans, a évolué vers le sexe tarifé à partir de mes 25 ans.
J'ai aussi une reconnaissance de handicap et je vis aujourd'hui avec l'AAH, après près de 15 ans de travail et plusieurs bac+3. À force de masquer mes difficultés autistiques en me persuadant que j'étais « normal », j'ai fini par atteindre mes limites professionnelles et psychologiques. J'ai besoin de nouveauté, tout en étant casanier, solitaire et attaché à mon cocon rassurant.
Côté sexualité, j'ai commencé relativement tard, avec une première expérience bi à 23 ans. J'ai ensuite connu plusieurs relations hétérosexuelles entre mes 26 et 33 ans, dont une avec une femme qui partageait mon intérêt pour le libertinage et avait une sexualité aussi débridée que la mienne. Nous nous sommes séparés avant d'avoir pu tenter l'expérience ensemble.
Mais ces relations n'ont pas fait disparaître mon addiction au sexe tarifé.
Mon hypersexualité m'a parfois conduit à me mettre en danger : rapports homosexuels recherchés pour assouvir une pulsion, alors que je me considère hétéro dans mon attirance habituelle mais ouvert à la bisexualité en plan à trois ; initiation au crack par une escort elle-même dépendante au sexe et aux drogues, alors que j'aurais pu développer une autre addiction. Heureusement, mes nombreux bilans sérologiques n'ont révélé aucune IST. La PrEP et les traitements post-exposition m'ont également aidé à réduire certains risques.
J'ai aussi fréquenté des clubs libertins en solo, entre mes 28 et 30 ans, pour des expériences bi ou des rapports hétérosexuels de type gang bang.
Au-delà de l'addiction et de la perte d'estime de soi, je vis une véritable ambivalence. Je suis très engagé à gauche, féministe et attaché à la justice sociale, mais je fantasme sur une sexualité crue, hardcore, parfois plurielle, dans laquelle le plaisir, l'exploration et le consentement occupent une place centrale.
J'ai connu une femme particulièrement nymphomane avec qui j'ai vécu une relation de quelques semaines, et dont j'ai malheureusement perdu définitivement la trace. Certaines rencontres tarifées m'ont aussi marqué positivement, même si beaucoup ont été décevantes. Et le porno que je consomme tend à devenir toujours plus hard.
J'aime énormément le sexe : le contact de la peau, le partage, le jeu, le plaisir donné et reçu, l'intensité physique, les expériences à plusieurs et le candaulisme. Mais je n'en ai jamais assez.
Je peux être en érection très rapidement et tenir longtemps. Mon traitement antidépresseur et mon psychostimulant semblent freiner partiellement mes envies, sans faire disparaître cette recherche permanente de stimulation.
Aujourd'hui, je suis à la fois soulagé de mettre en place une protection financière et inquiet de perdre une liberté qui a pris une place énorme dans ma vie.
Mes fantasmes ne se limitent pas aux rencontres tarifées. J'ai aussi imaginé devenir autoentrepreneur dans la création de contenu pornographique, faire du sex-cam ou développer des activités autour du travail du sexe. J'ai notamment découvert des créatrices et créateurs adultes neuroatypiques, comme Khalamité et son compagnon, ou Chloé Chevalier, dont j'apprécie l'énergie et l'impression qu'elle prend plaisir à son métier.
Je sais toutefois que ces projets ne s'improvisent pas : il faut être suffisamment stable psychologiquement, se protéger des arnaques et veiller au respect du consentement et des limites de chacun. Je ne veux pas confondre mes fantasmes avec une réalité forcément réalisable.
En parallèle, je fais du sport, je suis engagé dans le milieu associatif et je suis devenu un bon danseur en danse à deux. J'ai donc des occasions de rencontrer du monde, mais je me sens perdu dans les codes sociaux et affectifs. J'ai arrêté Tinder et je n'ai pas envie de devenir prisonnier d'un algorithme pour espérer trouver une relation.
Ce qui me manque profondément, c'est le lien affectif : pouvoir partager une intimité, de la tendresse, des idées et une sexualité épanouissante. Pourtant, je crains qu'une relation amoureuse conventionnelle m'oblige à mettre de côté une partie de mes désirs, alors que je ne veux pas non plus laisser mes pulsions diriger toute ma vie.
Je suis donc partagé entre mon besoin de protéger ma santé mentale et financière, mon désir de conserver une sexualité intense et mon envie de retrouver un équilibre affectif et social.
J'aimerais avoir vos retours d'expérience :
- Certaines personnes ici ont-elles vécu une sexualité compulsive qui prenait une place disproportionnée dans leur vie ? Comment ont-elles vécu le fait de reprendre progressivement le contrôle de leurs comportements ?
- Comment avez-vous réussi à distinguer une sexualité libre et épanouissante d'une recherche de stimulation qui finit par vous faire du mal ?
- Est-il possible de préserver des fantasmes intenses et une sexualité hors des normes tout en retrouvant un équilibre personnel, financier et affectif ?
Je ne cherche ni un diagnostic ni une solution miracle, mais des témoignages sincères de personnes qui ont vécu des questionnements comparables.
Merci à celles et ceux qui prendront le temps de me lire et de partager leur expérience. Cette période charnière me fait me sentir assez seul, et pouvoir échanger ouvertement sur ces questions m'aiderait beaucoup.